CHAPITRE XXVII

Les années 70 sont riches en événements au sein du moto – club de Forbach et des membres qui le constituent.

Schneckeffifi est souvent de la partie et accompagne régulièrement ses parrains au cour de leurs pérégrinations aux six coins de l’hexagone et dans les pays limitrophes…. Au risque parfois de terminer sur un bûcher, mais à chaque fois, sauvé in extrémis par un Motosapiens.

Heureusement il y a souvent un side- car pour le transporter !!

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La première moitié de la décennie est marquée par des joies, des tristesses… Des Motosapiens disparaissent rattrapés traitreusement par l’Ankou qui guette dans un virage, à un croisement. Il y a aussi des mariages, des naissances qui donnent l’occasion de belles fêtes.

L’arrière arrière petits fils du Comte de Roswel lance une série de mariages en 1972. Il s’amourache d’une fière Sarde au caractère bien trempé qui l’emmènera jusqu’à l’autel de Petite Rosselle.

Le descendant du Marquis de Warpomme convole en juste noce avec une Dame issue d’un village qu’il faut chercher, et pas très loin du lieu de naissance de Schneckefiffi .

Le fillaud du Comte de Rüschlingen trouve son bonheur au sud Est de Sarreguemines.

Le descendant du Kaptain Krapps n’ira pas aussi loin car il trouve chaussure à son pied à Forbach.

Le petit fils de Lorcoing trouvera sa « solidarité » un peu plus à l’Est.

Ziquezikquezak ne pourra échapper à une « Katastrophe ».

Et la liste pourrait être longue, s’il fallait citer tout le monde.

Des vies se construisent, d’autres se défont. Au hasard des unions, des désunions, du métier de chacun, du service militaire, des obligations diverses, le groupe se disperse….

Bien sûr, il y a les irréductibles qui jamais ne cesseront de chevaucher leur belle maîtresse d’acier ( et d’autres aussi d’ailleurs !!), mais aucun ne peut oublier toutes ces années de quêtes d’un graal dont ils avaient percé le secret et dont l’essence est l’amitié.

Si les contacts s’amenuisent au cours des années 90, chacun a dans un petit coin de sa mémoire les autres pièces de ce puzzle dont il est une composante.

Il y a parfois une petite bouffe pour un anniversaire autour duquel il est bien souvent difficile de retrouver tout le monde.

Les motosapiens qui n’ont pas émigré, même s’ils sont proches géographiquement, subissent comme tout un chacun, la loi des priorités : le boulot, la famille, la belle famille, la construction de la maison, l’éducation des enfants et tous les petits soucis qui vont avec l’ensemble.

On trouve de tout chez les Motosapiens, des Mineurs, des Ouvriers de chez FORD (anciennement DORF), des Cokiers, des Toubibs, des Routiers, des Photographes, des Opérateurs en Radiologie, des Contremaîtres, des ouvrières d’usine, des Barmans, des entrepreneurs et même un Keuff.

Les années qui passent, n’effritent guère cette passion qui sommeille au fond de chacun d’eux et tous se demandent quand aura lieu le déclic et qui prendra l’initiative et le risque de rassembler tout ce beau monde qui, aux dires de chacun, n’attend que ça depuis des années ?

Deux décennies passent et même si  les contacts ne sont pas perdus, rien de concret ne voit le jour.

Schneckeffifi se morfond dans un coin de grange aux pays des orties, voyant chaque hiver arriver avec l’angoisse de servir de bois de chauffage.

Mais il est fait d’un bois trop dur pour être fendu et tous ceux qui l’approchent sont emplis d’un sentiment bizarre; ce bout de bois dégage quelque -chose de sacré, il symbolise quelque – chose, mais quoi ?

Toutes les haches qui se sont levées sur lui, toutes les scies qui l’ont approché, ont à chaque fois renoncé.

Il ne doit pas disparaître car il sait qu’il a encore un rôle à jouer.

A l’aube du 21ème siècle, les choses se précipitent un peu.

Sans doute le fait d’être établi, d’avoir donné le dernier coup de main à la maison, d’avoir élevé ses enfants, le sentiment de l’accompli et d’une disponibilité retrouvée ; les Motosapiens par petits groupes, se retrouvent, se revoient de plus en plus souvent, évoquant avec émotion et une pointe de nostalgie tous ces bons moments vécus ensemble.

Les motos ayant toujours fait partie de leur univers et de leur environnement, les premières sorties sont à nouveau d’actualité, locale, puis régionale, puis, puis …….

En 2007, un grand coup est frappé. Le mois de mars voit se retrouver une trentaine de Motosapiens dans les salons du tavernier du groupe originel.

Cette rencontre est suivie d’autres, de sorties, de nouvelles rencontres.

Tout n’est pas idyllique. Hé oui, on peut être Motosapiens et ne pas échapper à la dure loi de l’évolution…

En quarante ans, les caractères se sont forgés,  ont changé; pour certain.

L’influence d’un conjoint, celle des nouvelles amitiés construites pendant toutes ces années, donnent parfois un coup de frein à des envies enfouies au plus profond de chacun.

Tout ça pour dire qu’il serait utopique d’imaginer retrouver l’insouciance, l’espièglerie et la témérité de nos vingt ans.

Malgré tout, pour ceux qui ont tenu à vivre l’aventure jusqu’au bout, sans état d’âme, tolérant les petits défauts des uns et des autres ne gardant en fil rouge que cette exceptionnelle amitié, l’histoire ne pourra jamais se terminer.

Sur le papier, c’est différent bien sûr car il faut bien achever un jour tout ce qui a eu un début.

Et Schneckefiffi dans tout cela ?

Courant 2008, ses hôtes lui ont trouvé un tailleur pour lui donner forme sympathique. Ses amis, les descendants de tous ceux qu’il a côtoyé pendant des siècles, l’ont habillé pour qu’il ait l’air d’un vrai motard, de l'un des leurs.

Il est fier aujourd’hui, de symboliser une certaine idée de la vie et de l’amitié, développée par un groupe d’irréductibles optimistes.

Campé au bord d’une route départementale de l’Est de la France, il salue chaleureusement et sans sectarisme,  chaque motard qui passe à sa hauteur.

Il a gardé dans le regard tout cet espoir et cette volonté que certains ont perdu ; (déjà… !)  La jalousie, la vanité et l’indifférence sont mauvaises conseillères….parfois..... souvent ..... toujours.

Toi, Motosapiens  qui le croise, ne fuis pas son regard; regarde le bien, les yeux dans les yeux et ose lui dire que ce ne fut pas une belle aventure et que tu regrettes quoique que ce soit !.

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Le seul regret serait  de ne  pas avoir voulu poursuivre et d’avoir renoncé au nom de je ne sais quelle orgueil mal placé……

La tolérance, l’acceptation des autres avec leurs qualités et surtout leurs défauts; l’amitié est à ce prix là.

Je crois qu’on l’a tous compris. Et tant que Schneckeffifi sera debout, il restera ce témoin pour nous rappeler toutes ces belles pages écrites  ensembles et, nous inciter à en ouvrir d’autres, plus belles encore.

FIN

AVEL MAD

Merci à tous ceux qui bien involontairement se sont retrouvés dans cette histoire sans queue ni tête : Patricia, Eliane, Christiane, Marie – Anne, Carla, Josiane, Ophélie, Lucien, Dominique, François, Jean- Marie, Michel, Edmond, Philippe, Danny, Stan, le Käzeukourreu… j’en oublie sans doute

Bienvenue à Sonia, Brigitte, Serge, Julien, Christian, Jérôme, Thierry, Richard,Marcel, André, Charly et à tous les autres pour de nouvelles aventures.

NDLR : ce qui ne devait être au départ qu’une boutade est devenu une histoire d’une centaine de pages que je vais maintenant corriger et illustrer. Quand je l’aurai achevée chacun pourra en disposer à sa guise.