CHAPITRE 16

Rencontres

Le 25 avril 1519 , vers 8 heures 44, Tristan prend congé de ses hôtes ; à son plus grand regret.

Mais, il doit se rendre chez un parent éloigné (900 km); Léonard dit « l’égoïne », une espèce de "Tournesol" de son époque qui, à l’instar du capitani Krappi, essaie d’améliorer le quotidien de ses contemporains en inventant des objets et des machines qui le font passer pour un original.

Le Clos Lucé n’étant pas la porte à côté, Tristan décide de faire escale à Roquebrune. Ce n’est pas vraiment la route la plus directe mais, c’est certainement la plus sinueuse et, il a l’intention de mettre en pratique ce qu’il a appris en côtoyant les nobles seigneurs rencontrés ça et là dans sa quête.

Les cavaliers ne sont pas légions à cette époque de l’année. Il faut dire qu’on est au sud et pour les gens d’en bas, il fait encore un peu frisquet pour sortir la cavalerie.

Entre Saint Aygulf et Roquebrune, il double un groupe de cavaliers aux montures un peu bizarres. Il les titille un peu pour tenter une petite bourre. Mais, rien y fait, nos cavaliers, fiers comme un bar tabac, se laissent mettre plusieurs centaines de mètres, sans même réagir.

Curieux, Tristan décide d’attendre ce groupe un peu particulier au prochain croisement avec la route qui mène vers Fréjus.

Le groupe arrive et, Tristan a tout loisir de contempler les montures et les monteurs.

Les chevaux, des percherons et des ardennais, ont été entièrement parés de décorations diverses.

A la manière des chameaux, ils sont dotés d’une large selle, très profonde avec pour s’y tenir, des cornes de buffles qui donnent aux écuyers l’impression qu’ils se font sécher les aisselles. Les étriers sont placés très loin en avant.

Ceux qui montent à deux, voient leur selles affublées d’un dossier de chaise.

Les pattes des chevaux ( pluriel de chwall) sont également dotées de protections en cuir enveloppantes donnant à l’ensemble l’allure qu’auront certaines « Indians » quelques siècles plus tard.

Celui qui semble être le meneur de ce groupe, voit, dans le regard de Tristan,  son  grand étonnement et, tout de go, lui explique :

« Vois tu, noble cavalier, à ton inverse, nous ne nous sentons pas obligés de faire des temps dans le sinueux. Nous faisons, sans doute, figure d’intrus chez tes congénères mais nos chevaux, à l’allure valorisante, nous mènent aussi loin que les vôtres. Certes, nous n’avons pas le même plaisir et la même aura au sein de la communauté cavalière mais, nous y trouvons notre plaisir…

Et Tristan de répondre : « Je ne conteste pas ce point de vue, le cheval c’est pour tout le monde, chacun son chemin, chacun son destin, passe le message à ton voisin ! »

S’enquérant de l’origine de ces pèlerins, son interlocuteur, rattrapé par sa compagne qui chevauche également l’une des ces bizarres montures, n’a pas le temps de répondre que déjà, Susy  lui explique qu’ils sont du sud du S.E.R.G.E. ( Saint Empire Romain Germanique)  et qu’ils sont en villégiature dans un comté situé  à l’Ouest du Palatinat et au Sud de Trèves au bord d’un fleuve ; le Roswel….

Après leur avoir souhaité bonne route, Tristan prend congé ( non, il ne pose pas des C.A., mais il dit au revoir !)

En parcourant les dernières lieues qui le mènent vers Roquebrune,  il ne peut s’empêcher de penser à ce groupe un peu particulier espérant, dans sa dorf intérieure, que tous les chevaux ne seront pas équipés de la sorte dans l’avenir et que chacun restera libre de se déplacer comme il l’entend, rien que pour son plaisir, comme le lui a enseigné le Brave Marquis de Warpomme.

Il est près de 19 heures 28  quand il arrive à Roquebrune. Il décide de passer la nuit  à l’auberge de la Montagne.

A peine a t-il ouvert la porte, qu’un quidam l’interpelle. « Je vous attendais noble cavalier. Prenez vos aises et hâtez vous de venir à ma table ! »

Tristan, interloqué, car ne s’attendant pas à tel accueil, dans cet endroit où il n’a jamais mis les pieds, prend une chambre, y dépose ses affaires, prend soin de mettre sa monture à l’écurie en s’assurant que le plein de foin est fait et, décide de rejoindre ce personnage mystérieux qui semble le connaître et, de plus, est visiblement  au courant de son arrivée, alors que lui même, au matin, ne savait même pas où les sabots de son cheval (chwall) allaient l’amener.

Méfiant, fixant son interlocuteur dans les yeux, Tristan s’assied en tendant la main à son vis à vis : « Tristan de Grauenwolf »

« Je sais, moi c’est Michel de Notre Dame, soyez le bienvenu ( rien à voir avec l’ancien maire de Behren) . Ne m’interrompez pas, et surtout ne ma posez pas de questions, j’ai des choses à vous dire, cela ne prendra que très peu de temps….. »

Michel de Notre Dame, les yeux mi – clos, s’adresse alors à Tristan d’une voix monocorde et lui dit des mots dont le sens ne lui est pas immédiatement évident ….. :

« Des grands tu rencontreras qui, de bon conseil te seront, mais pas toujours de bon alois. Une énigme au sein d’une grande galerie tu resteras. De nobles cavaliers, toute ta vie sera parsemée. De bois est ton avenir, faute d’avoir su obéir, mais point de silence, grâce à l’intervention d’une bonne sorcière.  Dans le nouveau port de Grâce, mis en chantier par Franz le 1er, ton salut,  tu trouveras et ce,   par le truchement d’une équipe de cavaliers, chevauchant des chevaux de fer et de feu. Trente sept années d’errance tu devras subir, avant  de bons statuts retrouver. Je vois un conteur, un fin gourmet, un coureur aux grands transports, un petit génie des choses de la mécanique, un légal, des gros seins, Oh ! pardon, je m’égare ; je vois des pâtes oui, mais des italiennes, des crêpes à la farine de blé noir, des pizzas, une espèce de gâteau à base de fromage, des barbecues, une cata, et le chiffre 30…. »

Son discours fini, Michel de Notre Dame semble sortir d’un sommeil profond et commande à boire.

S’adressant à Tristan, il lui dit : « On se connaît ? Vous ai-je invité à ma table ? »

Tristan se dit alors qu’il a eu affaire à un original et sans autre commentaire, décide d’aller se coucher, le chemin qui l’attend ces prochains jours, étant assez long.

Le lendemain matin, vers 6 heures 19,  au moment de payer son écot, l’aubergiste rassure Tristan : «  Ne vous en faites pas, Michel de Notre Dame n’est pas un mauvais bougre, c’est un rêveur qui prétend prédire l’avenir. Mais ce ne sont que balivernes. Figurez vous qu’avant hier il affirmait à qui voulait l’entendre, qu’un jour, la France serait gouvernée par un hongrois d’un mètre quarante, c’est vous dire !!! »

Incrédule notre ami prend le chemin du Clos Lucé.

Il arrive là bas le 29 avril 1519 vers 19 heures 37 et est accueilli par son cousin éloigné; Léonard, dit l’égoïne. Ce dernier semble mal en point mais, son esprit est des plus éveillé.

« Dépêche toi, dit il à Tristan, je dois te montrer quelques unes de mes idées. Si j’ai le temps je ferai aussi un portrait de toi »

Tristan précédé de son hôte pénètre alors dans une sorte d’atelier aux dimensions impressionnantes où sont entreposées des machines aussi diverses qu’étonnantes.

« Ca c’est bon Hein !!! » lance Léonard à Tristan qui ne comprend pas tout.

« Tu vois, ça, c’est un appareil qui permet d’aller sous l’eau . Le tuyau sur le heaume permet d’alimenter l’armure étanche en oxygène. Là, regarde, c’est une aile en forme de la lettre grecque « Delta », en principe, comme dirait Archimède, ça devrait planer. Sur ta droite, il y a un chariot, j’y ai mis des plaques en fer et ajouter un e arquebuse qui passe dans le trou juste devant le conducteur ; avec ça on devrait facilement transpercer les lignes ennemies !. Le truc à propulsion hélicoïdale dans le coin est une idée que j’ai pompée à un marin mais je n’ai pas trouver de véritable application. La chaise- à - porteurs sur la gauche avec, avec les deux pales est un projet, il me manque encore le principe de rotation, mais, je suis sûr qu’il y a moyen de s’élever dans l’air avec ce système…. »

Et c’est une somme incalculable d’inventions les plus diverses que  Léonard fait découvrir à Tristan qui retiendra, l’eau chaude, le fil à couper le beurre et un four utilisant les rayons du soleil…

Bon, je dois partir le deux mai et il me reste deux jours pour immortaliser ta venue. Je vais faire ton portrait »

En effet, pendant près de 48 heures Léonard peint . Le résultat n’est pas celui attendu par Tristan qui se voit transformer en une jeune femme au sourire mystérieux. Les traits du visage sont, ma foi, ressemblant mais le tout est assez troublant.

« It’s a joke » s’écrie alors Léonard, « mai elle émet de bonnes ondes »,   précise t-il, en explosant de rire en pensant à tous ceux qui vont se casser les neurones sur son œuvre .

Tristan se dit alors que 1519 doit être l’années des rencontres bizarres. Il ne croit pas si bien dire mais il n’est pas donné à tout le monde de rencontrer de tels personnages au cours de sa vie…

Le 2 mai il prend congé définitivement d’un homme qui sans le savoir, avait inventé suffisamment de choses pour révolutionner le monde.

Certainement to be continued ……