CHAPITRE 8

En pays cathare

Tristan a dépassé Carcassonne de puis belle lurette quand il s’engouffre dans ce chemin où pour seule indication il n’y a qu’un panneau bleu et blanc indiquant BMW.

Quelques centaines de mètres suffisent pour qu’apparaisse un corps de ferme. Sur la grille d’entrée, à côté de la corne qui sert à prévenir de sa présence, un écriteau : ici vous accueillent le Bienveillant Marquis de Warpomme et  la Bienveillante Marie Anne Warpomme.

Tristan donne deux ou trois coups de cornes et le Marquis de Warpomme vient lui ouvrir.

« Bienvenue jeune chevalier, nous t’attendions. Va garer ton cheval (chwall)  dans l’écurie à côté des miens puis, rejoins nous à l’intérieur, afin que nous te montrions ta chambre »

Tristan s’exécute et constate en amenant son cheval (chwall) aux écuries, que le Bienveillant Marquis de Warpomme n’a que des chevaux de trait et pas un seul pur sang. « Diantre se dit il, je suis tombé chez un vieux qui n’y doit rien connaître en chevalerie »

Quand il pénètre dans la maison, il sent tout de suite une bonne odeur de gâteau au fromage et de plats divers qui mijote dans la cheminée.

S’adressant à la maîtresse des lieux, « je connais cette odeur, on dirait du Kèseukourreu ! »

« Ah bon ! lui répond Dame Marie – Anne, vous connaissez ? En fait c’est une recette expérimentale qui m’a été donnée par un convoyeur de charrettes qui le tient d’un ancien marin qui a une époque faisait la Méditérranée et qui maintenant s’est établi ( !!) en Armorique et qui lui même la tenait d’un comte de Lotharingie. Il en existe d’ailleurs plusieurs versions ….

Le jeune homme est interloqué mais ne pipe mot de son aventure moyen – orientale.

Après un bon repas, arrosé de vin du Languedoc nos trois personnages se retrouve près de la cheminée, un verre d’alcool de jus de pomme fermenté à la main et une décoction de feuille de tilleul de l’autre.

La conversation  tourne bientôt vers les chevaux pendant que Dame Marie – Anne s’évertue à assembler des bouts de tissus qui doivent servir à décorer l’intérieur.

Rapidement, Tristan demande à BMW, pourquoi, il n’a dans son écurie que des chevaux de trait et aucun de course étranger.

« ici, mon gars, il n’y a pas que des chemins droits où tu peux exploiter toute la puissance d’un cheval de course. Je préfère la régularité d’un bon vieux percheron, dont l’entretien est minimal, qui répond toujours présent et dont l’endurance permet parfois de rattraper des cavaliers dont la monture s’essouffle à force de lâcher les rênes.

J’en ai vu plus d’un tirer tout droit voire choir, dans des massifs de fleurs. D'ailleurs quand tu partiras, demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,  tu prendras le percheron noir, il n’est pas trop cassant, ne s’est jamais arrêté sans qu’on lui demande. De plus, partout tu trouveras un paysan pour s’occuper de cette monture, ce qui n’est pas le cas pour un cheval (chwall) de course d’origine étrangère»

Ça y est, se dit Tristan, je vais me traîner maintenant et je vais passer pour un péquenot aux yeux de tous les badauds….

Après une bonne nuit réparatrice et à l’heure dite, Tristan prend sa nouvelle monture pour rejoindre LAVELANET où il est attendu dans trois jours.

Il se rend compte rapidement que BMW avait raison, pour le plaisir de voyager, confortablement, en toute sécurité et en réduisant les haltes au maximum, le cheval de trait est l’idéal. Les nombreuses traces de dérapages de fers à cheval (chwall) dans certaines épingles, le crottin, dont on ne sait pas toujours  si c’est celui du cheval ou celui du cavalier répandu ça et là, lui rappellent sans cesse que rien ne sert de courir, il faut avant tout, arriver….(hé hé !)

Arrivé sain et sauf à LAVELANET, il est très vite dirigé vers le château de Montségur où, paraît il ; des hérétiques se sont enfermés. Là encore, la robustesse, le silence et la volonté de sa monture recommandée par BMW, lui permet de déjouer les pièges de l’assiégeant et d’arriver au sein du Montsalvat, sain et sauf.

Présenté au maître, un parfait, il décide de prendre part à leur lutte et s’engage à préserver leur secret.

Par le seul sacrement reconnu par les Cathares, le « consolamentum », il devient rapidement l’un des leurs…

Les Cathares sont en effet considérés comme une secte un peu orthodoxe mais refusant les sacrements de l’église romaine y compris le baptême. Leur doctrine repose sur  le dualisme du bien et du mal.

On leur prête aussi, comme au Temple de détenir des fortunes et surtout de savoir ce qu’est le Graal.

L’assassinat de Pierre de Castelnau, légat du pape Innocent III, sert de prétexte pour lancer la croisade contre les Albigeois et les Cathares. (NDLR : Mais bon, nous on refait pas l’histoire, mais qu’est ce que Tristan est allé foutre dans ce guêpier ??)

1244 arrive rapidement. Tristan qui a pris ses quartiers dans la forteresse est désigné par le maître des lieux pour sauver le trésor des Cathares et fuir avant que les assiégeant ne réussissent à mettre fin à leur résistance. Il n’y a plus guère à manger, les aides de l’extérieur se font de plus en plus rares.

Le 15 mars 1244, dans la nuit, guidé par un parfait, Tristan s’évade de Montségur en empruntant des souterrains et des chemins escarpés.

Il apprendra plus tard que le lendemain, 16 mars 1244, les derniers Cathares périssent sur un bûcher sans abjurer leur foi.

Tristan, qui a récupéré son fidèle destrier, va se réfugier à Rennes le Château…